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« La Mer » aux 25es rendez-vous de l’histoire à Blois (5-9 octobre 2022)

Les 25es rendez-vous de l’histoire de Blois se sont tenus des 5 au 9 octobre dernier. Notre collègue Marc Pavé, professeur en CPGE au lycée Félix Eboué de Cayenne y était présent et nous livre un compte-rendu.

Le festival des « Rendez-vous de l’histoire » se tient chaque année début octobre, depuis 1998. Il rassemble près de 50 000 personnes sur cinq jours, chercheurs, enseignants, éditeurs et grand public. Une thématique privilégiée est définie d’une année sur l’autre, autour de laquelle est organisée chaque session. Il s’y ajoute un salon du livre rassemblant des dizaines d’éditeurs, ainsi qu’un cycle cinéma. Au total, on compte environ 1000 intervenants pour plus de 500 activités (conférences, table-rondes, rencontres, projections, ateliers pédagogiques…).
La session 2022 vient d’être consacrée à la mer, bel objet d’histoire. Son programme figure ici : https://rdv-histoire.com/programmes-pdf. Des activités auxquelles j’ai assisté, j’en évoquerai cinq, pouvant être particulièrement utiles aux enseignants de l’académie de Guyane.

1. L’atelier « mers « de Chine » ? Notions, ressources et outils en HGGSP »

Animé par deux enseignants (Isabelle Bourdier et Pablo Martin-Pañeda), cet atelier a permis d’exposer dans les détails trois activités pouvant être mises en œuvre dans la spécialité HGGSP, deux au niveau première, une en terminale. Les contenus détaillés avec tous les documents devraient être disponibles en ligne sur le site des Rendez-vous de l’histoire et/ou sur le site de l’académie de Lyon.

  • La première activité s’insère dans le thème 2 de l’HGGSP 1°, consacré à la puissance (objet de travail conclusif). Elle consiste à élaborer un croquis et une synthèse écrite, à propos des Etats-Unis et de ses appuis en mer de Chine, à partir d’un dossier de 24 documents. Cela suppose environ 2 h de travail en classe et 2 h à la maison. Sous forme de « classe puzzle », les élèves sont divisés en groupes d’apprentissages qui se répartissent entre eux le travail puis chacun rejoint un groupe expert où l’on se consulte sur l’une des parties. Enfin, chacun revient à son groupe d’origine pour rendre compte. L’ensemble rejoint trois grandes thématiques : espaces stratégiques, points d’appuis étatsuniens, volonté chinoise de maîtrise des espaces maritimes. En même temps, les élèves acquièrent des éléments de vocabulaire maritime et géostratégique, autour de la notion de puissance.
  • La deuxième activité relève du thème 3 d’HGGSP 1°, consacré aux frontières, sous forme d’un débat / jeu de rôle. La classe remplit progressivement un tableau recensant les arguments « pour » et « contre », en réponse à la question : « faut-il céder le récif de Scarborough » à la Chine ? ». Chaque équipe d’élève joue le rôle de l’un des Etats environnants. Elle reçoit un dossier de documents et dispose d’un délai pour préparer ses réponses.
  • La troisième activité intervient dans le thème 1 d’HGGSP terminale consacré en partie aux espaces maritimes. Il s’agit de mettre en place une veille informationnelle autour de la visite de Nancy Pelosi à Taiwan le 2 août 2022. À partir d’un corpus documentaire et de recherches complémentaires, les élèves réalisent un schéma heuristique pour chacune des quatre matières de la spécialité.

2. La table ronde « gestion durable de la mer : enjeux économiques, géostratégiques et politiques »

  • Pluridisciplinaire dans ses participants et dans ses thématiques, cette table ronde est cependant liée en premier lieu aux programmes de SES des lycées – comme le rappelle Christophe Lavialle - même si d’autres sciences de l’homme et de la société – dont l’histoire - sont aussi mobilisées.
  • Consacrée à l’industrie maritime, dont la spectaculaire expansion semi-séculaire a été rendue possible grâce aux conteneurs, l’intervention de Frédéric Carluer nous en présente d’abord les acteurs clés, de très grandes entreprises et des « ports mondes » d’Asie Orientale et d’Europe. Ensuite, il montre l’importance des fluctuations du marché de ce commerce, avec d’importances hausses de prix en 2020-2021, dans le contexte de la crise du Covid, avant une baisse récente. Le marché reste très spéculatif. Enfin, la question est soulevée de la décarbonation et des énergies alternatives pour les transports maritimes de l’avenir.
  • Dans son intervention énonçant les grands enjeux autour de la mer, Florence Smits en montre la diversité : indispensable aux échanges mondiaux, utiles pour l’alimentation, les énergies, la circulation des informations par câbles et pour la construction (sables). Cela suscite de nombreuses convoitises et rivalités, y compris sous forme de piraterie. Surtout, on assiste depuis une vingtaine d’années à une nouvelle course aux armements navals, en particulier entre Etats-Unis, Chine, Royaume-Uni et France. Trois exemples d’espaces maritimes témoignent de ces rivalités : la mer de Chine méridionale, le golfe de Guinée et la Méditerranée orientale. Dans ce contexte, le droit de la mer joue un rôle très significatif avec, depuis 1982 surtout, la distinction entre plusieurs niveaux de contrôles des espaces maritimes par les Etats.
  • Enfin, Camile Mazé attire notre attention sur la gestion durable des ressources naturelles, renouvelables ou pas. Après avoir questionné la soutenabilité de leurs exploitations, elle montre les possibilités offertes par les gestions collectives, au niveau local comme au global. En particulier, les réussites dans le gouvernement des communs permettent de faire parfois mieux que les systèmes étatiques et que les propriétés privées. L’exemple de la Polynésie française est développé.

3. La table ronde « questionner l’outre-mer »

  • En préambule, François Bart regrette l’absence du géographe Maurice Burac, dont il lit une communication très critique sur les usages du terme d’ « outre-mer », qui laisse sceptiques les habitants du dit « outre-mer ». Ensuite, il constate le rôle essentiel de la mer pour les territoires concernés ainsi que la difficulté à faire évoluer les conceptions.
  • Ensuite, Josette Rivallain revient sur plusieurs usages de l’expression depuis le XVIIIe siècle.
  • D’après Jean-Christophe Gay, par-delà le terme à discuter, de nombreux termes sont sinon piégés du moins polysémiques et objets de malentendus, concernant l’« outre-mer ». Cette expression remplace celle de « colonies » à partir de 1946, parfois avant, l’École coloniale étant devenue dès 1934 l’école nationale de la France d’outre-mer. La généralisation du pluriel – récente – traduit peut-être de la mauvaise conscience et maintient le regard dominant depuis le centre de la « métropole » même si celle-ci devient aussi « l’hexagone », moins surplombant que la « métropole ». Enfin, la position « ultrapériphérique » constitue le néologisme le plus récent, objet de débats à son tour.
  • Jean du Bois de Gaudusson traite de l’outre-mer à l’épreuve des institutions du droit. Après avoir mis en évidence la rupture de 1958 dans le droit de l’outre-mer, il constate que celui-ci reste instable et complexe, avec des complexifications et des chevauchements de statuts. Malgré cela, il semblerait que les outre-mers attirent davantage l’attention désormais.
  • Enfin, pour Didier Galibert, l’anthropologie et l’histoire globale doivent être mobilisées pour comprendre les outre-mers actuels. Il ne va pas de soi que des Etats se dotent de possessions lointaines permanentes accessibles par voies maritimes, y compris dans les processus coloniaux. Il ne s’agit donc pas de délimiter une donnée assignée a priori, mais bien d’étudier une construction territoriale ancrée dans l’histoire. Ainsi, l’outre-mer français, à l’époque coloniale comme après, a articulé entre eux des espaces a priori sans liens anciens préalables.

4. La rencontre « Quand l’histoire fait date, grand entretien de Gilles Heuré avec Patrick Boucheron ».

Cette rencontre fait suite à la parution de l’ouvrage Quand l’histoire fait date, adaptation écrite de la série documentaire de Patrick Boucheron, d’une trentaine d’épisodes, diffusée sur Arte de 2017 à 2020. Organisé en dix parties regroupant chacun trois événements appareillés, l’ouvrage ne vise pas à établir une chronologie linéaire et au cordeau des faits, mais plutôt à montrer la plasticité des mémoires de ces faits, de leur localisation dans le temps, de la complexité des tendances historiques à l’œuvre dans un seul événement. Que l’on traite du règne d’Akhenaton, de la bataille d’Alésia, du coup d’état de 1973 au Chili ou de la libération de Nelson Mandela, il s’agira de défriser le cours du temps, de saisir ses discontinuités et dans le même temps l’empilement des choses et des processus. Il s’agirait au final de constituer une nouvelle grammaire de l’événementialité.

5. L’atelier numérique « L’ouverture atlantique ou le déclin annoncé d’une société maritime caraïbe : les Kalinagos »

  • Disponible dans son intégralité sur Kanawa - le site disciplinaire d’histoire-géographie et d’EMC de l’académie de Martinique - cet atelier fait partie des adaptations de programmes en lycée, en classe de seconde https://site.ac-martinique.fr/histoire-geographie/?p=6052 . Les autrices, les professeures Ghislaine Artigot et Fabienne Janas en font la présentation complète : mise au point scientifique, fiche ressource Eduscol et proposition pédagogique sous la forme d’un historyflix.
  • Après avoir exposé les étapes du peuplement des Antilles, les professeures rappellent que les Kalinagos descendent des Kali’nas du plateau des Guyanes et du Venezuela. Ils constituent un peuple nomade maritime. Désignés par plusieurs noms dont celui de « Caraïbes » par Christophe Colomb, ils affrontent les Espagnols durant la première moitié du XVIe siècle, puis les autres colonisateurs européens, qui à partir de la deuxième moitié du XVIIe siècle rognent leurs territoires insulaires des petites Antilles - de la Guadeloupe à Grenade. Ils les contraignent à ne plus pouvoir résider – sous conditions - que sur les îles Saint-Vincent et de la Dominique. Le renouveau historique, archéologique et identitaire les concernant est récent. Leur héritage est manifeste dans de nombreux domaines, en particulier la dénomination de la faune et de la flore locales ainsi que la toponymie.
  • Pour traiter l’ensemble de la thématique, les élèves réalisent en groupe, en s’appuyant sur des documents de diverses natures, une présentation de type Netflix avec un résumé du projet, les présentations de trois ou quatre épisodes, une bande annonce et une proposition de vidéos similaires.
  • Cet atelier numérique trouverait des applications en Guyane en rapports aussi bien avec les aspects généraux de l’histoire post-colombienne de la Caraïbe qu’avec le peuple Kali’na, celui d’hier et celui d’aujourd’hui.

Agenda

Mardi 3 janvier
Cayenne. Préparation à l’agrégation interne.

Jeudi 12 et vendredi 13 janvier 9h00-12h00 puis 14h00-17h00
Cayenne. Stage de formation PAF : Géographie de la Guyane.

Mercredi 25 janvier 9h00-12h00 puis 14h00-17h00
Cayenne. Stage de formation PAF : Enseigner l’HGGSP Guyane.

Mercredi 1er février 9h00-12h00 puis 14h00-17h00
Cayenne. Stage de formation PAF : Histoire de la Guyane.

Vendredi 10 février
Clôture des inscriptions au concours du jeune historien Guyanais.

Vendredi 17 février
Clôture des inscriptions à la deuxième édition du concours académique Géo-photo.
Règlement

Jeudi 9 mars 9h00-12h00 puis 14h00-17h00
Cayenne. Stage de formation PAF : L’énergie en Guyane.


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